Peut-être que t’es en train de gérer une blessure en ce moment.
Si c’est le cas, je suis sincèrement désolée — je suis passée par là, et oui… c’est vraiment plate.
En fait, pendant que j’écris ça, je traîne une belle tension aux lombaires. Pourquoi? Parce que cette nounoune-là (moi) n’applique pas toujours ses propres conseils.
Et c’est exactement ça, le point.
Ce n’est pas parce que le travail s’accumule et que les deadlines approchent qu’on devrait risquer de se blesser. Parce que si on est KO… qui va faire la chose spéciale qu’on fait pour nos clients?
En travail créatif pigiste, les blessures arrivent rarement à cause d’un gros moment dramatique.
Elles s’installent tranquillement.
À force de répétition.
Sous la pression.
Elles viennent de :
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transporter constamment de l’équipement lourd
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rester assis·e ou debout trop longtemps
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répéter de petits mouvements du poignet toute la journée avec une souris ou un stylet
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fixer des écrans sans arrêt
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porter des écouteurs pendant des heures
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la fatigue vocale — surtout dans les longues sessions de jeux vidéo ou d’animation pleines de cris et de barks
Et comme la date de remise approche, que les demandes du client changent et qu’on est en train de perdre la lumière pour la shot… on endure l’inconfort.
C’est là que les problèmes commencent.
Les blessures chez les pigistes créatifs sont sournoises.
Souvent, ça commence par « rien de grave » :
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un mal de bas du dos après de longues heures assis·e ou debout
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une tension au cou qui se transforme lentement en maux de tête
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des douleurs au poignet, au coude ou à l’épaule à force de monter, cliquer, taper, agripper
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des douleurs aux pieds ou aux genoux après de longues journées sur un plateau
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la fatigue oculaire due à trop de temps devant l’écran
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des raideurs aux hanches, aux épaules et au dos parce qu’on bouge à peine
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la fatigue auditive — ou pire, des dommages — à force d’écouter trop fort trop longtemps
Et pour les pros de la voix comme moi : la fatigue vocale.
Perte d’amplitude. Enrouement. Épuisement.
Souvent causés par des sessions trop longues sans pauses, une respiration mal soutenue, des enregistrements en état de fatigue ou un manque d’hydratation.
Comme pigistes, malheureusement, on n’a pas de département RH pour veiller sur nous.
Pas de congés maladie payés.
Personne pour nous dire d’arrêter avant de frapper le mur.
Si ton corps lâche, ton entreprise lâche aussi.
La fatigue vocale est un excellent exemple. Quand ta voix est fatiguée ou blessée :
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les sessions prennent plus de temps
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la performance en souffre
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la confiance baisse
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et parfois, il faut carrément reporter
La plupart des gens n’arrêtent pas avant d’y être forcés.
Changeons ça.
Parce que si un·e photographe se blesse le dos en transportant son gear, ce sont des journées de tournage perdues.
Si un·e animateur·rice ou designer développe un tunnel carpien, qui livre les fichiers?
Si un·e acteur·rice de la voix ne peut pas enregistrer demain… il n’y a pas de plan B.
La prévention des blessures, ce n’est pas être fragile.
C’est rester dans la game.
Prévenir les blessures, c’est surtout apprendre à respecter les signaux précoces.
La douleur, ce n’est pas de la faiblesse.
La fatigue, ce n’est pas un échec.
C’est de l’information.
Et un des outils les plus sous-estimés qu’on a : la force du tronc (le core).
Un core fort :
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protège ta colonne quand tu soulèves de l’équipement
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soutient ta posture pendant les longues périodes assis·e ou debout
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améliore le soutien respiratoire (énorme pour l’endurance vocale)
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stabilise le corps pour éviter que les petits muscles compensent trop
T’as pas besoin de transformer toute ta vie.
T’as besoin de petites habitudes répétables.
Quelques-unes qui fonctionnent vraiment :
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Soulève comme si tu t’entraînais pour durer, pas pour impressionner. Utilise tes jambes et tes fessiers. Garde la charge près du corps.
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Coupe les longues sessions avec du mouvement. Marche. Étire-toi. Réinitialise tes yeux et ton cerveau.
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Renforce ton core régulièrement — yoga, Pilates, natation, travail d’équilibre, tout ça compte.
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Ajuste ton espace de travail pour réduire les tensions : soutien, coussins, positions variées.
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Prends des micro-pauses. T’as peut-être pas d’une machine à café pour jaser avec les collegues, mais tu peux créer ton propre espace de reset.
Et pour l’amour de tes yeux et de tes oreilles :
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baisse le volume des écouteurs et des moniteurs
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prends des pauses de silence (oui, du silence — c’est magique)
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repose tes yeux en regardant au loin… ou en les fermant tout simplement
Pour les acteur·rices de la voix en particulier :
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hydrate-toi comme si c’était une partie de la job (parce que ça l’est)
- échauffe-toi avant chaque session — même les auditions
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soutiens le son avec la respiration ; les micros sont sensibles, pousser est rarement nécessaire
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pour les sessions de cris ou de barks, exige des pauses et des durées raisonnables — t’as besoin de ta voix demain aussi
La prévention, ce n’est pas spectaculaire.
C’est plate.
C’est constant.
Et ça marche.
On est excellent·es pour repousser nos limites créatives.
La longévité, elle, vient de l’écoute.
Ton corps n’est pas séparé de ta créativité.
Ta santé n’est pas une dépense optionnelle.
C’est l’actif.
La prévention des blessures, ce n’est pas la peur ou la restriction.
C’est du soin — choisir, encore et encore, de protéger ce qui te permet de faire le travail que t’aimes.
Cet article est inspiré d’un épisode de mon balado Pigiste pas Figiste, où je combine de courts entraînements avec des conversations honnêtes sur la construction d’une carrière créative durable à la pige.
Si tu travailles en production vidéo, audio, en voix ou dans un domaine créatif, et que tu veux des conseils d’affaires sans discours de hustle toxique — tu es à la bonne place.



