Parlons de propriété.
Pas au sens abstrait ou philosophique — mais au sens très concret, celui qui influence ton quotidien… et toute ta carrière de pigiste.
Parce que si tu travailles dans un domaine créatif, il y a toujours quelques notions clés en jeu :
le droit d’auteur,
les licences,
et les marques de commerce.
Comprendre ça, ce n’est pas juste un “nice to have”.
Ça répond à une des questions les plus importantes dans ton entreprise :
qui possède ce que tu crées… et qui a le droit de l’utiliser?
La base
Droit d’auteur
Le droit d’auteur protège les œuvres originales :
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Textes
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Enregistrements vocaux
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Musique
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Illustrations
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Design graphique
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Animation
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Montage vidéo
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Assets de jeux vidéo
Si tu crées quelque chose d’original, tu détiens automatiquement les droits d’auteur — sauf si tu les cèdes.
Mais attention : être propriétaire ne veut pas toujours dire avoir un contrôle total et permanent.
Parce que bien souvent, ce que tu vends, ce n’est pas l’œuvre elle-même.
C’est le droit de l’utiliser.
Licence
La licence, c’est ce qui définit ce droit d’utilisation.
Elle répond à des questions comme :
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Pendant combien de temps le contenu sera utilisé?
-
Où sera-t-il diffusé?
-
Sur quelles plateformes?
-
Est-ce que l’utilisation est exclusive?
Et c’est là que ça devient plus nuancé, selon ton domaine :
- Voix hors champ : le client possède le script. Toi, tu licences l’utilisation de ta voix pour une campagne précise.
- Design graphique : tu crées un logo, mais le client achète les droits pour l’utiliser comme identité de marque.
- Jeux vidéo : les assets que tu crées appartiennent généralement au studio.
- Composition musicale : les morceaux sont souvent licenciés pour des usages, durées ou plateformes spécifiques.
Même créativité.
Structures de propriété différentes.
Et cette nuance change tout.
Parce que la propriété intellectuelle, c’est ce qui permet à ton travail de générer des revenus dans le temps.
1. Ton prix n’est pas basé sur le temps — mais sur l’utilisation
Beaucoup de pigistes sous-facturent parce qu’ils calculent leur tarif à l’heure.
Mais en création, ce n’est presque jamais une question de temps.
C’est une question de portée.
Une session de voix peut durer 20 minutes.
Mais si l’enregistrement est diffusé à l’échelle nationale pendant un an?
Sa valeur est complètement différente d’une campagne locale de deux semaines.
Même chose pour :
-
Un design utilisé dans une seule boutique vs à l’international
-
Une musique pour une vidéo YouTube vs une pub nationale
L’utilisation détermine la valeur.
2. Les licences protègent tes opportunités futures
Des conditions de licence claires te protègent aussi contre les conflits.
-
Tu fais une pub pour une compagnie aérienne? Les compétiteurs pourraient ne pas pouvoir t’engager pendant la durée de la campagne.
-
Tu licences une musique en exclusivité? Tu ne peux pas la revendre ailleurs.
Sans clarté, tu peux te fermer des portes sans t’en rendre compte.
3. Une mauvaise gestion peut nuire à ta réputation
Il y a aussi la question de la confidentialité.
Beaucoup de projets incluent des NDA (ententes de confidentialité).
Ça veut dire :
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Tu n’as peut-être pas le droit de partager le projet
-
Même du contenu “behind the scenes” peut être interdit
-
Les violations peuvent avoir des conséquences légales
C’est très fréquent en :
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Jeux vidéo
-
Publicité
-
Cinéma et télévision
Un seul post mal réfléchi peut briser la confiance — ou pire.
Des réflexes simples pour solidifier ton entreprise
1. Clarifie l’utilisation dès le départ
Avant même de donner un prix, pose ces questions :
-
Où ça va être utilisé?
-
Pendant combien de temps?
-
Sur quelles plateformes?
-
Est-ce exclusif?
Ces réponses influencent directement ton tarif — et évitent bien des malentendus.
2. Demande la permission avant de partager
Même si tu es fier·ère de ton travail (et tu devrais l’être) :
Valide toujours que tu peux le diffuser.
-
Certains clients encouragent l’utilisation en portfolio
-
D’autres demandent une approbation
-
Les NDA veulent souvent dire : rien partager pour l’instant
Quand tu n’es pas sûr·e : abstiens-toi de publier.
3. Lis tes contrats attentivement
Porte une attention particulière à :
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Les clauses de cession de droits
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La portée de la licence
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La durée d’utilisation
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Les clauses de confidentialité
Ce n’est pas juste du jargon légal.
C’est une protection — pour toi et pour ton client.
4. Fais le suivi de ton travail
Garde des traces de :
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Où ton travail est utilisé
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Combien de temps durent les licences
-
Les ententes d’exclusivité
C’est particulièrement important en :
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Voix hors champ
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Musique
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Publicité
Parce que les opportunités — et les conflits — peuvent arriver vite.
En résumé
Comme pigiste créatif, ton travail n’est pas juste un fichier que tu livres.
C’est de la propriété intellectuelle.
Et comprendre :
-
ce qui t’appartient,
-
ce qui appartient à ton client,
-
et comment fonctionnent les licences
…te permet de :
-
mieux fixer tes prix
-
protéger ta réputation
-
bâtir une entreprise créative durable
Parce que ce que tu ignores sur la propriété?
Ça peut te coûter cher — créativement et financièrement.
Cet article est inspiré d’un épisode de mon balado Pigiste pas Figiste, où je combine de courts entraînements avec des conversations honnêtes sur la construction d’une carrière créative durable à la pige.
Si tu travailles en production vidéo, audio, en voix ou dans un domaine créatif, et que tu veux des conseils d’affaires sans discours de hustle toxique — tu es à la bonne place.



