Le rejet fait partie de la job (et ça fait quand même mal)
Le sujet business d’aujourd’hui, c’est le rejet.
(Trombone tristounet. Wah, wah.)
Et oui — on est tous et toutes déjà passé·e·s par là.
Tu as soumis une offre.
Tu as passé l’audition.
Tu as écrit le script test.
Tu as monté la démo, le storyboard, l’animation, la proposition…
Et tu n’as pas eu le contrat.
Parfois, tu reçois une réponse.
Un poli : « On a choisi une autre direction. »
Parfois, tu n’as rien du tout.
Pas de nouvelles. Pas de feedback. Juste le silence —
ce qui, en voix hors champ, est à peu près la norme.
Même quand tu sais que le rejet fait partie de la business,
ça frappe quand même.
Des fois plus fort que prévu.
Parce que quand on est pigiste créatif·ve, le rejet devient vite personnel —
même quand ça ne l’est pas.
Ton travail vient de toi :
ton goût,
ta voix,
ton jugement.
Alors quand quelqu’un passe son tour, l’histoire dans ta tête peut vite déraper :
« Je ne suis pas assez bon·ne. »
« Je n’ai pas ce qu’ils cherchent. »
« Tout le monde a compris quelque chose que moi, je n’ai pas compris. »
On va mettre cette spirale sur pause, deux secondes.
La majorité des refus ne sont pas un verdict sur ton talent.
C’est une question de :
-
compatibilité
-
timing
-
budget
-
contraintes internes que tu ne verras jamais
Beaucoup de décisions sont prises avec de l’information incomplète —
et bien souvent, tu n’es même pas dans la pièce quand la décision finale se prend.
Pourquoi le rejet ébranle autant la confiance
Une des parties les plus délicates du rejet, c’est de savoir quoi faire avec le feedback —
ou avec son absence.
Certain·e·s pigistes rejettent tout en bloc :
ils deviennent défensifs,
amers envers le client,
et brûlent le pont… au moins mentalement.
D’autres vont à l’extrême opposé :
ils laissent la validation externe devenir la seule mesure de leur valeur.
Choisi·e = je vaux quelque chose
Pas choisi·e = j’échoue
Aucune de ces deux réactions n’est viable à long terme.
La vraie compétence ici, c’est le discernement :
savoir extraire ce qui est utile,
laisser tomber ce qui ne l’est pas,
et préserver son estime de soi.
Parfois, le rejet nous ébranle non pas parce qu’on a fait quelque chose de travers —
mais parce qu’il appuie sur de vieux doutes qu’on traîne depuis longtemps.
C’est pour ça que c’est essentiel d’avoir des personnes de confiance autour de soi.
Des gens à qui on peut se défouler.
Dire les pensées pas propres.
Sortir ça du système.
Une fois l’émotion passée, on peut se recentrer sur ce qui est réellement sous notre contrôle.
Et voici un recadrage important :
Parfois, le rejet n’a rien à voir avec ton talent —
mais avec la clarté avec laquelle ta valeur a été perçue.
Utiliser le rejet sans le laisser te briser
C’est ici que la responsabilité rencontre la compassion.
Revoir une soumission, une offre ou une audition avec des yeux neufs peut être extrêmement puissant.
Pose-toi honnêtement ces questions :
- Est-ce que j’ai clairement expliqué pourquoi je suis un bon fit pour ce projet ?
-
Est-ce que je présume que le client comprend mon processus ?
-
Est-ce que j’ai bâclé un peu parce que j’étais fatigué·e, débordé·e ou découragé·e ?
Tu n’as peut-être pas mis ton meilleur pied de l’avant — sans même t’en rendre compte.
Ça ne veut pas dire que tu es mauvais·e dans ta job.
Ça veut dire que tu es humain·e.
C’est là qu’un deuxième regard devient précieux :
-
un·e collègue de confiance
-
un·e mentor
-
un·e pair qui connaît ton milieu
Pas quelqu’un qui va démolir ton travail —
mais quelqu’un capable de dire :
« Cette partie-là ne passe pas comme tu penses. »
« Ici, tu te sous-vends. »
« Je ne suis pas sûr·e que tu as bien capté leur vision. »
Un regard neuf peut apporter le recul nécessaire pour mieux voir comment tu communiques ta valeur.
Clarté, positionnement et attraction
Un autre morceau important du casse-tête, c’est l’éducation — surtout quand tu fais une soumission.
Tout ton processus n’a pas besoin d’être visible.
Mais parfois, la clarté joue en ta faveur.
Expliquer clairement :
-
ce qui entre dans le travail
-
pourquoi le prix est ce qu’il est
-
quel problème tu règles réellement
Ce n’est pas trop expliquer.
C’est du positionnement.
Tu ne supplies pas pour être choisi·e.
Tu montres comment tu apportes de la valeur.
Avec le temps, l’objectif est de mettre moins d’énergie à courir après les contrats —
et plus d’énergie à attirer les bons clients.
Messages clairs.
Positionnement confiant.
Limites nettes sur ce que tu offres.
Les bons clients sont plus faciles, parce qu’ils comprennent déjà.
Alors quand le « non » arrive —
ou le silence —
demande-toi :
-
Qu’est-ce que je peux ajuster sans me renier ?
-
Qu’est-ce qui reste non négociable ?
-
Qu’est-ce que j’essaierai différemment la prochaine fois ?
Le rejet ne veut pas dire arrêter.
Ça veut dire recalibrer.
Clarifier.
Et continuer d’avancer.
Même corps.
Posture différente.
Mêmes compétences.
Attitude renouvelée.
On ne cherche pas à éliminer le rejet.
On cherche à le rendre supportable.
Utile.
Et moins personnel.
Parce qu’être pigiste, ça peut donner l’impression de postuler à sa propre job encore et encore —
comme si on avait toujours quelque chose à prouver.
Mais ce n’est pas le cas.
Que le client swipe à droite ou à gauche,
tu restes talentueux·se, compétent·e et précieux·se.
Ne l’oublie jamais.
Cet article est inspiré d’un épisode de mon balado Pigiste pas Figiste, où je combine de courts entraînements avec des conversations honnêtes sur la construction d’une carrière créative durable à la pige.
Si tu travailles en production vidéo, audio, en voix ou dans un domaine créatif, et que tu veux des conseils d’affaires sans discours de hustle toxique — tu es à la bonne place.



